Découvrez le premier roman de Njopa Bivina Odile Gaétane
Vient de publier Muselé(e)s, le piège des apparences, un premier roman qui explore en profondeur les thèmes de l’identité et des attentes sociales. Voix nouvelle dans la littérature camerounaise, elle évoque son ouvrage, son message, ses espoirs.
Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire ce roman ?
Depuis mon enfance, l’écriture fait partie de ma vie. Ma mère, qui très tôt, a perçu mon amour pour les mots et les histoires, m’a encouragé en ajoutant chaque foisun cahier à ma liste de fournitures scolaires. Elle l’appelait avec tendresse “le cahier des histoires de Gaétane”. Ce geste simple mais significatif a été déterminant. Chaque page de ce cahier était une invitation à explorer ma créativité et à développer mon imagination. Grâce à ce soutien inconditionnel, j’ai appris à exprimer mes pensées, mes rêves et mes émotions à travers l’écriture. Cette passion ne m’a jamais quittée, et c’est ce qui m’a conduit à devenir auteure. L’écriture est devenue pour moi une façon de partager des histoires qui résonnent avec mes expériences et celles des autres.
De quoi parlez-vous dans ce premier roman ?
J’y évoque effectivement un sentiment de contrainte, mais il va bien au-delà. Pour moi, il symbolise l’idée de la lutte pour la liberté et l’épanouissement, tant pour les hommes que pour les femmes, mais en particulier pour ces dernières, qui ont souvent été enfermées dans des rôles imposés par des clivages sociétaux.
Dans de nombreuses cultures, les femmes ont longtemps été muselées par des attentes rigides, des normes qui limitent leur potentiel et leur droit à l’autodétermination. En les représentants dans le titre, je souhaite attirer l’attention sur cette réalité douloureuse, mais également sur la nécessité de briser ces chaînes. Il s’agit d’un appel à la libération, à la revendication d’une voix authentique, libre de toute contrainte.
À travers ce livre, je veux transmettre un message d’espoir et d’émancipation. Chaque individu mérite de s’épanouir, d’explorer son identité sans avoir à se conformer à des stéréotypes ou à des pressions extérieures. La véritable liberté passe par la reconnaissance de nos propres désirs et aspirations, et par la capacité à les poursuivre sans crainte de jugement ou de réprobation.
Quels sont les thèmes abordés dans ce livre ?
J’explore le musèlement des individus en situation de mariage, un thème qui résonne avec force et profondeur dans notre société actuelle. Les femmes, souvent étiquetées comme expressives, se retrouvent pourtant muselées par les normes et les attentes sociétales. De leur côté, les hommes, confrontés à la nécessité de masquer leurs souffrances, choisissent le silence par peur de perdre ce que la société valorise : leur charisme. Ainsi, chacun d’eux, à sa manière, lutte contre les entraves invisibles qui les empêchent d’être pleinement eux-mêmes.
Les thèmes secondaires qui jalonnent le récit, tels que la quête d’identité, la peur de l’échec, et les attentes familiales, se mêlent pour tisser une toile complexe, révélant l’invisible derrière les apparences.
Quel est le message que vous voulez porter en tant qu’auteur ?
En observant le monde qui m’entoure, j’ai été frappée par les masques que nous portons tous, parfois à notre insu, et par cette question fondamentale : pourquoi tant d’entre nous se sentent-ils prisonniers de leurs propres voix ?
Mon ouvrage s’inscrit dans le cadre de la psychanalyse littéraire, une approche qui explore la relation entre l’œuvre littéraire et les mécanismes psychologiques de ses personnages. À travers cette lentille, j’ai voulu analyser les dynamiques cachées qui nourrissent le silence et l’inhibition. Ceci pour briser le silence et libérer la parole. Afin que ce ne soit plus un slogan mais une réalité. Les femmes et les hommes, tous sont invités à s’ouvrir et à se libérer.
Quels sont les défis que vous avez dû surmonter dans cette entreprise ?
Écrire Muselé(e)s, le piège des apparences a effectivement présenté plusieurs défis, tant sur le plan créatif qu’émotionnel. L’un des principaux obstacles a été de trouver le juste ton pour aborder des sujets sensibles et parfois douloureux, notamment en ce qui concerne les luttes des femmes face aux contraintes sociétales. Je voulais être respectueuse tout en transmettant la profondeur des émotions et des expériences de mes personnages.
Comment les avez-vous surmontés ?
Pour surmonter ce défi, j’ai consacré beaucoup de temps à la recherche et à l’écoute. J’ai dialogué avec des femmes et des hommes de différentes cultures, leur permettant de partager leurs histoires et leurs ressentis. Ces échanges m’ont offert une perspective précieuse et m’ont aidé à ancrer mes personnages dans une réalité authentique.
Quels sont les faits intéressant ou les anecdotes liés à la rédaction de ce livre ?
J’ai envie de rire à l’évocation des anecdotes parce qu’il y en a plusieurs. (Rires) Alors que j’écrivais Muselé(e)s, le piège des apparences, je me suis installée dans mon café préféré, prête à plonger dans l’univers complexe de mes personnages. Tout était parfait : ambiance feutrée, un cappuccino bien mousseux, et mon carnet à la main.
Après quelques heures d’écriture intense, j’ai décidé de faire une pause. En me levant pour aller chercher un croissant, j’ai laissé mon carnet sur la table, bien ouvert. À mon retour, une scène inattendue m’attendait : un petit chien, visiblement attiré par mes notes, avait décidé que mon carnet était son nouveau jouet !
Je me suis lancée dans une course-poursuite hilarante à travers le café, essayant de récupérer mon précieux manuscrit. Les clients regardaient, amusés, tandis que le chien, tout fier, tirait le carnet derrière lui comme un trophée. Finalement, après quelques acrobaties dignes d’un film comique, j’ai réussi à récupérer mon carnet… mais pas sans quelques pages grignotées !
Sur le moment, j’étais un peu désespérée, mais en relisant les notes abîmées, j’ai réalisé que certaines de mes réflexions les plus profondes avaient été marquées par les dents du chien. Qui aurait cru qu’un petit chien me fournirait une inspiration aussi mémorable ?
Quelles sont les personnes qui vous ont inspiré ?
Plusieurs auteurs m’ont profondément inspirée, tant au niveau national qu’international. Au Cameroun, Achille Mbembe est une figure incontournable. Sa manière d’interroger la réalité postcoloniale et d’explorer les complexités de l’identité africaine m’a beaucoup influencée. Il aborde des thèmes qui résonnent profondément en moi et me poussent à réfléchir sur notre histoire collective.
Evelyne Mpoudi Ngolle est également une source d’inspiration majeure. Son écriture incisive et son engagement en faveur des droits des femmes et des questions sociales m’ont ouvert les yeux sur l’importance de la voix des femmes dans la littérature. Elle sait capturer les nuances de la vie quotidienne tout en abordant des enjeux cruciaux.
À l’international, Fatou Diome a eu un impact significatif sur ma vision de l’exil et de l’identité. Sa plume poignante et son exploration des thèmes de la diaspora me parlent particulièrement, car elle réussit à transmettre des émotions universelles tout en restant profondément ancrée dans sa culture.
Ces auteurs, chacun à leur manière, enrichissent ma réflexion et nourrissent mon écriture, m’encourageant à poursuivre mon propre chemin tout en m’inspirant des luttes et des récits des autres.
C’est quoi vos attentes après la sortie de votre livre ?
À travers Muselé(e)s, le piège des apparences, j’espère toucher profondément mes lecteurs, et en particulier les jeunes générations. Mon souhait est que ce livre les inspire à réfléchir sur leur propre identité et à remettre en question les normes qui les entourent.
Je souhaite qu’ils se sentent reconnus dans les luttes et les aspirations des personnages, qu’ils voient que même dans les situations les plus difficiles, il existe toujours un chemin vers la liberté et l’épanouissement. En partageant ces histoires, je veux leur montrer que chacun a le droit de vivre authentiquement, sans se sentir muselé par les attentes sociétales ou culturelles.
Plus qu’un simple récit, j’espère que Muselé(e)s, le piège des apparences servira de catalyseur pour des conversations importantes sur la liberté, l’égalité et l’amour de soi. Je veux encourager les jeunes à s’engager activement dans leur communauté, à soutenir les voix qui sont souvent étouffées et à lutter pour un monde où chacun peut s’exprimer librement.
Etes-vous déjà sur d’autres projets littéraires ? A quoi peut-on s’attendre dans les années à venir ?
Je travaille sur plusieurs nouveaux projets qui poursuivent l’exploration des thèmes de l’identité, de la liberté et des luttes humaines, mais sous des angles différents. Chaque livre que j’écris est une invitation à approfondir ces questions essentielles, et je suis impatiente de partager ces histoires avec mes lecteurs.
J’envisage également d’explorer d’autres genres, notamment le récit autobiographique et la fiction spéculative, qui me permettront d’aborder des problématiques contemporaines avec une approche originale..
Un autre aspect de mes projets futurs est la traduction de mes œuvres en anglais. Les histoires que je raconte, et les expériences de ceux qui se sentent muselés, méritent d’être partagées avec un public mondial. La traduction permettra d’élargir l’impact de mes récits et d’initier des dialogues interculturels.
Je suis déterminée à continuer d’écrire, à innover et à toucher des cœurs à travers mes mots, afin que chaque livre puisse contribuer à un monde plus conscient et plus libre.
Propos recueillis par Patrick Nelle