Réparer les Regards : Alida Ymele et Diane Keumo cultivent un nouveau jardin panafricain
À l’occasion de la Journée Mondiale de l’Art ce 15 avril 2026, Douala devient l’épicentre d’une révolution silencieuse mais profonde. À Bolo L’Espace Art & Culture, les artistes camerounaises Alida Ymele et Diane Keumo inaugurent ce jeudi une exposition manifeste. Leur ambition ? Passer du statut d’objet regardé à celui de sujet qui définit sa propre image.

Alida Ymele : La transmission comme acte militant
Pour Alida Ymele, la célébration de l’art passe par le don de soi. En pleine période académique, l’artiste a choisi de transformer son atelier en un pont entre les générations. En accompagnant les étudiants des Beaux-Arts aux côtés du conteur Antoine Africain et du plasticien Arnold Faucan, elle ancre sa pratique dans le réel et dans la transmission.
« J’ai voulu donner un peu de moi, de ce que je sais faire… pour édifier les étudiants sur le monde de l’art et sur la profession d’artiste. »

Diane Keumo : Déconstruire le prisme déformant
Diane Keumo apporte une dimension philosophique et politique essentielle. Pour elle, « Réparer les regards », c’est avant tout humaniser. Elle s’attaque frontalement à la représentation de la femme, refusant l’image réductrice de la « femme rurale au foyer » pour célébrer la puissance et la complexité des figures féminines contemporaines.
Le thème du métissage occupe également une place centrale dans sa réflexion : une construction entre deux cultures qui, loin d’être un déchirement, devient une richesse, bien qu’elle impose de nouveaux questionnements sociaux et personnels.

L’Art comme médecine collective
L’exposition ne se limite pas à une quête esthétique individuelle. Elle porte une mission de réparation collective. Diane Keumo est catégorique : l’art africain contemporain doit aider à guérir des récits douloureux du passé, reprendre le pouvoir sur notre propre narration, montrer une Afrique multiple loin des clichés de la misère ou de l’exotisme, et porter un regard tourné vers l’avenir.

Pourquoi il faut aller voir cette exposition
« Réparer les Regards » est une invitation à ralentir et à se demander : comment je me vois ? Et comment je vois l’autre ? C’est un jardin que les deux artistes ont commencé à semer, un espace où la dignité et la beauté se rejoignent pour forger une identité panafricaine décomplexée.
Comme le conclut Diane Keumo avec optimisme, il s’agit de persévérer et de créer malgré les doutes, car chaque œuvre est une pierre posée sur l’édifice d’une Afrique capable de se raconter elle-même.
Francine Alibaka