Des pas de Tchek Tchek au trône royal : l’odyssée vibrante de la Cadawee 2026

mars 27, 2026 0 26

Du 16 au 22 mars 2026, Pendant une semaine, la capitale économique du Cameroun s’est imposée comme une scène à ciel ouvert où corps, rythmes et mémoires ont dialogué sans interruption. Pour sa première édition, la Cameroon Dance Week (Cadawee), portée par l’Association Green Grass et soutenue par le fonds « Mboa Jeunes Créatifs », a affirmé une ambition claire : faire de la danse un langage capable de relier héritage, création contemporaine et perspectives économiques.

 

Dès les premières heures, une évidence s’est dessinée : la Cadawee ne serait pas un événement confiné. Elle s’est déployée à travers la ville, investissant des lieux variés  stades, centres culturels, espaces publics et sites traditionnels. À chaque étape, les frontières entre scène et public se sont estompées. Des passants se sont arrêtés, ont observé, puis ont rejoint le mouvement. La danse n’était plus seulement observée, elle était partagée.

Le réveil du Makunè au CICAM

 C’est au Verand’Art Stade CICAM que cette dynamique a pris forme. Dans une atmosphère à la fois festive et symbolique, le Makunè a ouvert le bal. Cette danse, profondément ancrée dans les réalités urbaines camerounaises, incarne l’énergie des marchés et des espaces de travail informels.

Mais au-delà de la performance, un geste fort a marqué ce moment d’ouverture. Sous l’impulsion de Cyrille Biboum, de la Compagnie Kundé, le Makunè a été replacé dans son histoire. Le nom de son créateur, Tchek Tchek, a été remis au centre du récit.

Ce retour aux origines n’est pas anodin. Il met en lumière une problématique fréquente dans les cultures populaires : la circulation des pratiques sans reconnaissance formelle de leurs initiateurs. En redonnant un visage à cette danse, la Cadawee a posé un acte de mémoire et de reconnaissance culturelle.

Au fil du temps, le Makunè a évolué, intégrant des influences du Bikutsi et du Ben-Skin. Cette capacité d’adaptation en fait aujourd’hui un langage chorégraphique hybride, capable de toucher plusieurs générations. Sur la scène du CICAM, cette richesse était visible : des gestes traditionnels côtoyaient des expressions contemporaines, traduisant une culture en constante évolution.

Douala’Art : le corps comme espace de guérison

 l’énergie du festival a pris une dimension plus introspective, notamment à Douala’Art. Ici, la danse a quitté le registre du spectacle pour devenir un outil d’exploration personnelle.

Dans un espace dédié aux femmes et aux artistes, le mouvement s’est transformé en langage intime. Les corps exprimaient des trajectoires de transformation, de résilience et de reconstruction. Chaque geste portait une charge émotionnelle, une mémoire ou une revendication.

Dans ce contexte, la danse dépassait l’esthétique. Elle devenait thérapeutique. Elle offrait un moyen de se réapproprier son corps, de libérer des tensions et de redéfinir son rapport à soi et à l’environnement. Cette approche, encore peu structurée dans de nombreux contextes africains, ouvre des perspectives importantes sur le rôle social et sanitaire de la création artistique.

Larissa Ebong : une génération qui questionne

 Parmi les artistes marquants de cette première édition, Larissa Ebong s’est distinguée par la profondeur de sa démarche. Lauréate du Prix Découverte Goethe 2025, elle a présenté Identité, une œuvre qui explore les tensions entre héritage et modernité.

Sur scène, son écriture chorégraphique oscille entre enracinement traditionnel et expression contemporaine. Les gestes dialoguent avec des mémoires anciennes tout en intégrant les réalités d’une jeunesse connectée et en mutation.

« Notre quotidien est un équilibre entre héritage et transmission »

À travers cette proposition, Larissa Ebong incarne une nouvelle génération d’artistes africains. Une génération qui ne se limite plus à reproduire des formes existantes, mais qui cherche à les transformer, à les interroger et à les inscrire dans un dialogue global. Son travail témoigne d’une volonté de faire de la danse un outil de réflexion autant que d’expression.

La danse comme puissance de rayonnement

 Pour Mario Poundé, directeur artistique de la Cadawee, cette dynamique s’inscrit dans une vision plus large. Fort de son parcours sur les scènes internationales, il souligne l’importance de l’ancrage culturel dans la construction d’une identité artistique forte.

« À l’étranger, j’ai compris que notre force, c’est notre culture »

Cette affirmation met en lumière un enjeu stratégique : la capacité des pratiques culturelles africaines à devenir des vecteurs d’influence à l’échelle mondiale. La danse, en particulier, possède une dimension universelle qui facilite sa diffusion au-delà des frontières.

De plus en plus, les rythmes camerounais circulent grâce aux diasporas et aux plateformes numériques. Ils se transforment, s’adaptent et participent à l’émergence d’un soft power africain en pleine construction. Dans ce contexte, des initiatives comme la Cadawee jouent un rôle clé en structurant les talents et en créant des espaces de visibilité.

Une industrie à structurer

 Cependant, l’enthousiasme et la créativité observés durant le festival ne doivent pas occulter les défis structurels du secteur. La question de la professionnalisation demeure centrale.

À travers des panels et des échanges animés notamment par Chantal Ngondan et Mireille Flore Chamba, plusieurs enjeux ont été abordés : statut des artistes, accès au financement, protection sociale et reconnaissance institutionnelle.L’Open Mic initié par Carole Tchameni a, quant à lui, offert une tribune directe aux talents émergents, en particulier aux femmes, souvent sous-représentées. Ces interventions ont rappelé que le développement de la danse en tant qu’industrie repose autant sur les talents que sur la mise en place de structures adaptées.

Le potentiel est réel. Mais sa concrétisation dépendra de la capacité des acteurs à organiser et soutenir cet écosystème.

Japoma : la dimension symbolique retrouvée

 Le 22 mars, la Cadawee s’est achevée au Palais Royal Bakoko Wouri, à Japoma, dans un cadre empreint de solennité. Les finales de danse traditionnelle ont offert un moment d’intensité collective, mêlant rythmes profonds, gestuelles codifiées et expressions symboliques.

Dans cet environnement, la danse a retrouvé une dimension plus ancienne, presque sacrée. Elle n’était plus seulement un art ou une performance, mais un vecteur de transmission.

Le geste du Roi Jamil Songue Madiba a marqué les esprits. En soutenant l’ensemble des groupes participants, au-delà des seuls lauréats, il a affirmé une

« vision inclusive, C’est la culture qui gagne »

Un message fort, qui rappelle que la création dépasse la logique de compétition pour s’inscrire dans une dynamique collective.

Douala, miroir d’une Afrique en mouvement

 Pour sa première édition, la Cadawee a réussi à fédérer. Artistes, publics et institutions ont répondu présents, créant une dynamique porteuse.

Même en l’absence de données chiffrées consolidées, plusieurs indicateurs qualitatifs témoignent de l’impact : diversité des espaces investis, engagement des participants et appropriation par les publics.

Au-delà de l’événement, la Cadawee esquisse une direction. Elle montre que la danse peut être un outil de transformation sociale, un espace d’expression, mais aussi un levier économique.

Et maintenant ?

 La Cadawee 2026 s’achève, mais elle ouvre une perspective. Douala ne danse plus seulement pour célébrer. Elle danse pour affirmer son identité, se structurer et se projeter.

Francine Alibaka

 

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