Remember Suzanne Kala Lobè : une femme pionnière de courage et de résilience
Sa voix force l’écoute, son charisme et sa prestance forcent le respect et sa plume conforte presque tout le monde. Suzanne KALA LOBÈ, journaliste, éditorialiste, écrivaine, est une femme qui a marqué le Cameroun et ses œuvres perdureront dans le temps.
Même âgée de 71 ans, avant sa disparition le 1er août 2024, Suzanne Kala Lobè était une femme aux opinions très tranchées et inspirantes. Ses interventions à la télévision et à la radio ont toujours été empreintes de sagesse, de profondeur et de réalisme. L’écouter et la regarder étaient une véritable opportunité de joindre l’utile à l’agréable. Devenue journaliste en 1992 pour faire honneur à son père, lui aussi journaliste, Suzanne KALA LOBÈ, a fait ses débuts à la Nouvelle Expression, se faisant très vite remarquer dès ses premiers pas grâce à sa chronique Ma candidate serait une femme, parue en pleine élection présidentielle au Cameroun. On l’a par la suite remarquée à travers différents médias camerounais.
En 2003, elle anime plusieurs émissions sur Radio Equinoxe telles que Polémos, Livres Noirs et Musiques d’Afrique. Elle animera plus tard en 2013 Vendredi Soir, une émission sur la chaîne Équinoxe Télévision. Elle finira par créer sa propre société de production EBK Productions qui produit le magazine Actu diffusé sur la chaîne de télévision Canal 2 International. Du fait de son impact médiatique et sa connaissance accrue du domaine, elle obtient très rapidement une reconnaissance. Le 23 Février 2013, elle est nommée membre du Conseil National de la Communication par le Président Paul Biya.
En parallèle, elle est chargée de la communication de la Direction Générale d’Hysacam.
Une professionnelle engagée en culture Suzanne KALA LOBÈ obtient un Doctorat en Linguistique en 1976 à l’Université Paris-III, puis un MBA en management culturel en 1989. Fort de ses connaissances et compétences dans le domaine de la culture, elle a laissé une empreinte indélébile dans la culture camerounaise. En littérature, sa plume et sa verve lui ont permis de publier en Octobre 2010 Les Chroniques sous le manguier édité par Jacques Marie Lafon. Elle a également co-écrit Supermarket en 2012 paru aux éditions Le Bec en l’air. En musique, elle s’est illustrée en tant que chanteuse principale du groupe Djala Lilon et elle a participé à Ni Africa ni yoso, l’album écrit en hommage à Ruben Um Nyobe par Bea MAN WAYACK, son concubin. Selon Jean-Marc SOBOTH de Mediapart, « c’était une perfectionniste du tempo, une athlète du Makossa, une esthète de l’art Duala. Elle dansait comme une sportive. Au-delà des apparences négligées, elle croquait la vie. Elle vivait haut de gamme. contrairement aux apparences et aux racontars, payait de sa poche son train de vie de bourgeoise. Elle était mue par un dynamisme économique méconnu, presque héréditaire. Elle n’envisageait pas, comme la plupart des contemporaines, de vendre sa chair ou son âme pour ce faire. »
De lignage paternel, Suzanne KALA LOBÈ était fille du journaliste IWIYÈ KALA LOBÈ, lui-même fils de NDUMBÈ, fils d’ELESS’A KALA-LOBÈ. Elle était pur-sang NJAKO N’ EBÉLÈ connu aujourd’hui comme BONABEBE, un sous-clan BONAMANDONE à BONANJO au cœur de la Royauté BELL. Elle avait des ancêtres BONAMBOULÈ en terroir ABO’O…
Née le 16 janvier 1953 à Douala, Suzanne Kala Lobè est restée célibataire toute sa vie, car elle ne voulait pas “qu’un homme profite [d’elle]”. Elle a ainsi été une véritable défenseure de l’autonomisation des femmes, l’éducation et l’égalité. Malgré les défis et obstacles, elle n’a jamais faibli dans son engagement envers ses valeurs et ses principes. Et ses efforts inlassables ont aidé à ouvrir la voie pour les générations futures de femmes camerounaises.
François Bidjang
