FEJAMAC 2026 : Le Jazz comme acte de foi et de reconquête Identitaire

mars 24, 2026 0 49

Le Festival de Jazz et des Musiques Actuelles du Cameroun (FEJAMAC) vient de clore sa troisième édition. Plus qu’une parenthèse mélomane, ces trois jours ont agi comme un rituel de réappropriation. Entre les murs de l’Onomo Hôtel et l’espace sacré de Doual’Art, l’« Identité » n’était pas un concept de colloque, mais une urgence vitale : le souffle de racines enfin libérées du poids du silence.

Tout a commencé le 17 mars, lors de la conférence de presse au Lounge O’SAN de Douala où le ton était celui d’un manifeste. Gaëlle Wondje, Déléguée générale et boussole du projet, y a tracé un chemin de cohérence : « Ancrage, Retour aux sources, puis Identité. On sait exactement où l’on va. » Mais derrière l’ambition artistique se cache un cri d’alarme sur l’érosion de nos patrimoines. Dans un pays qui a vu naître des géants, le vide laissé par l’absence de transmission est vertigineux.

« La musique a disparu de nos mœurs, même à l’école. Nous combattons cela en remettant la transmission au cœur du projet », a martelé Gaëlle Wondje.

Le FEJAMAC ne cherche pas à remplir des salles pour le prestige ; il cherche à restaurer une noblesse musicale, celle-là même que le regretté Manu Dibango a portée au sommet du monde. Si le Grand Papy n’est plus là pour souffler dans son saxophone, son esprit de souveraineté esthétique irrigue chaque note de cette édition. On ne remplace pas un monument, on continue de bâtir l’édifice.

La pensée : Le Jazz, miroir de nos polyrythmies

Le vendredi 20 mars, le panel inaugural a posé la question fondamentale : comment habiter le Jazz sans se perdre ? Autour de la table, des figures comme X-Maleya, Ruben Binam et Joseph Owona Ntsama ont rappelé que le Jazz camerounais n’est pas un emprunt, mais une restitution. C’est le prolongement naturel de nos chants de travail et de nos récits oraux. Ce moment de réflexion a transformé l’auditoire, préparant les esprits à recevoir la musique non comme une distraction, mais comme une vérité politique.

La scène : Le retour des langues mères

Le soir venu, l’émotion a pris le visage de Joys Sa’a. Lorsqu’elle entonne ses premiers vers en Yemba, la salle se redresse d’un bloc. Ce n’est plus seulement du spectacle, c’est une réparation culturelle. « Je chante en Yemba pour que nos langues vivent », confiera-t-elle.

Le mouvement est général. Jean Louis Mbe a témoigné de ce basculement nécessaire vers soi : « Chantes-en ta langue ! », lui avait-on soufflé un jour. Depuis, son art a changé de dimension. Que ce soit à travers les percussions telluriques d’Haoussa Drums ou le groove ciselé de Ruben Binam, chaque artiste de la sélection officielle de Luqman à Eddy Nem a porté un fragment de ce “Kamerjazz” : une musique qui ne s’excuse pas d’exister.

La transmission : L’atelier des possibles

Le samedi a été le temps de la fabrique. La masterclass de Kayou Roots a posé les jalons d’une pédagogie de l’identité : comment trouver sa voix unique dans le tumulte global sans trahir ses ancêtres ? Les résidences ont révélé des dialogues fertiles, notamment le duo entre Armand Biyag et le Canadien Jean Gardy, prouvant que l’improvisation est le terrain de rencontre idéal entre les continents quand chacun sait d’où il vient. La présence de la Tchad Jazz Academy a rappelé que ce combat pour l’identité est une sève panafricaine qui ne connaît pas de frontières.

Le futur : Les Loulous du Jazz, gardiens du souffle

Le dimanche à Doual’Art, le festival a confié ses clés à la relève. Après les contes de L’Afrikain Ondoa, les « Loulous du Jazz » sont montés sur scène. Voir ces enfants, encadrés par l’association PRODE, poser leurs mains sur les touches et les cordes avec une telle assurance est la plus belle victoire du FEJAMAC. Ici, la musique devient un acte de soin et de protection sociale. On ne forme pas seulement des musiciens, on forge des citoyens conscients de leur héritage, prêts à prendre le relais des anciens.

Un hub pour l’Afrique créative

Le FEJAMAC 2026 n’a pas seulement fait vibrer Douala. Il a jeté des ponts concrets vers N’Djaména, Brazzaville et toute la région des Grands Lacs. Ce n’est pas un panafricanisme de posture, mais un panafricanisme de terrain, fait de sons partagés et de destins liés. Certes, le festival ne ramènera pas le solfège dans toutes les écoles d’un coup de baguette. Mais il a prouvé une chose essentielle : le souffle des racines est à nouveau vivant. Il danse, il voyage, et il nous rappelle que l’identité est une matière en mouvement permanent.

Le FEJAMAC ne demande pas à être vu. Il demande à être rejoint. Rendez-vous en 2027. Pour que le chant ne s’arrête jamais.

Francine Alibaka

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