Aloch 237 : Fier d’être camerounais, enrichi par deux cultures

mars 24, 2026 0 16

Il est de ceux qu’on reconnaît avant même de les connaître. Son nom résonne comme un pont entre deux mondes : Aloch237. Né au Cameroun, d’origine libanaise, Aloch237 incarne cette jeunesse qui ne revendique pas l’identité par la naissance, mais par le vécu, l’engagement et l’amour profond d’un territoire. Musicien, entrepreneur, citoyen passionné, il construit une œuvre et une trajectoire au confluent de l’intime et du collectif. Dans cette interview, il se confie sans filtre sur son rapport à l’identité, à la musique, au Cameroun et à lui-même.

Bonjour, Aloch237. Merci grandement de répondre aux questions d’Iyanka Magazine. Tu t’appelles Aloch237. Rien qu’avec ce nom, tu assumes une double appartenance : intime et nationale. Peux-tu nous dire ce qu’il y a derrière ce pseudonyme ?
Alors, comme beaucoup le savent, je suis né à Douala. Je ne suis pas Camerounais d’origine, mais je suis né à Douala, Libanais. Et avec le temps, le Cameroun est devenu mon pays d’adoption, donc j’ai voulu mélanger ces deux cultures ensemble. Aloche, je m’appelle Ali, en fait. Et ma maman, quand j’étais petit, m’appelait Aloch, c’était mon surnom. Ça a une consonance un peu arabe-libanaise, donc c’est pour ça que je m’appelle Aloch237, parce que je viens du 237 et ce n’est que du 237.

2. Tu es né au Cameroun, tu y as grandi, mais tu es perçu « différent ». Comment as-tu vécu cette dualité d’apparence et d’appartenance ?
Franchement, je n’ai pas vécu de différence. C’est ce qui fait que c’est beau, en fait. C’est ce qui fait que j’ai grandi tout à fait normalement. J’ai vécu comme un Camerounais de petite jeunesse. J’ai joué au foot dans la rue, j’allais manger avec mes potes au bar du coin, je sortais en boîte, je m’amusais, j’écoutais de la musique. J’écoutais beaucoup de Makossa et ça m’a beaucoup bercé. Quand je me retrouvais avec mes camarades Camerounais autour de moi, il n’y avait plus de différence entre nous parce qu’on écoutait les mêmes musiques, on jouait le même football, on s’amusait de la même manière. La couleur de peau n’avait plus d’existence.

3. Dans une interview, tu dis : « Je suis Camerounais. » Est-ce que c’est une revendication ? Un cri du cœur ? Ou une manière de redéfinir l’identité au-delà du sang ?
Absolument pas. De toute façon, les actes montrent ce que je suis. Je n’ai pas besoin d’aller plus loin que ça. Je chante camerounais, je vis pour le Cameroun, j’investis pour le Cameroun, je voyage dans le Cameroun, je mange camerounais, je joue au football camerounais, je vis pour tout ce qui tourne autour du Cameroun. Je mange du ndolè, je suis entouré de Camerounais. Je n’ai pas besoin de revendiquer que je suis Camerounais. Je le suis, je le sais. Je n’ai pas besoin de le dire. Quand je dis que je suis Camerounais haut et fort, c’est plutôt pour dire que je suis fier de l’être, pas pour le revendiquer.

4. Tu as étudié à l’étranger, tu aurais pu t’y installer. Qu’est-ce qui t’a ramené ici ? Et qu’est-ce qui te retient ?
J’ai fait un bac+5 en éco-gestion, un master 2. J’ai toujours été très brillant à l’école. J’ai fait mes études en France, j’ai reçu plusieurs offres d’emploi. Mais moi, je suis en train de créer un souvenir, vraiment. Ce que je veux dire, c’est que chaque matin, quand je me réveille, je ne me dis pas que je vais travailler. Je me dis que je vais vivre. Et si un jour je dois le faire ailleurs, ce sera juste pour travailler et gagner de l’argent. Ici, dans le pays que j’ai choisi, je donne tout l’amour que j’ai. Je ne travaille plus : je vis. Et je le fais avec un immense plaisir. Quand je me lève, je suis pressé d’aller au bureau, dans un studio, d’aider les gens. C’est du plaisir, pas du contrat.

5. Ta musique est une fusion : afrobeat, makossa, trap parfois, avec une voix très personnelle. Comment définirais-tu ton style ?
Les gens disent que c’est un peu rock. Et c’est vrai. Je me sens un peu rock, un peu différent. C’est ma touche personnelle. Je suis chanteur, mais je n’ai pas une voix classique. Ce que j’aime, c’est que quand je chante, les gens ressentent la même chose que quand je parle. Il y a un vibrato, ça va droit au cœur. Je chante avec le cœur, et ça se ressent.

6. Quelle est la place de la culture camerounaise dans ton processus de création ? Est-ce un décor, une matière première, ou une mission ?
Je fais de la musique pour partager. Je ne compose pas, mais j’ai des gens autour de moi qui composent pour moi. La première chanson Kimalé, c’est Locko qui m’a tendu la main. Il m’a entendu chanter, il a aimé ma voix, et il m’a tout de suite proposé d’aller au studio.

8. Le morceau Je suis Camerounais est un manifeste à lui seul. Peux-tu nous raconter la genèse de ce titre et ce qu’il représente pour toi ?
La genèse de ce titre est importante. Ce n’est pas un titre que j’ai inventé seul. C’est une marque à la base. Et j’aime toujours rendre hommage à celui qui initie. Quand j’ai lancé le Challenge, une vidéo d’un jeune de Kribi a attiré l’attention de mon équipe. Il a ajouté un couplet dans lequel il disait « je suis Camerounais ». J’ai aimé. Je l’ai invité à me rencontrer.

9. Et si on te donnait une scène panafricaine demain, quel message ferais-tu passer à travers ta performance ?
Je ne revendique pas le fait qu’il faille absolument un mélange entre les Blancs et les Blancs. Mon message est plus nuancé. Il faut du partage. Il faut vivre ensemble. Mais je ne suis pas dans une logique de mélange forcé. Je crois que tout humain est humain, peu importe la couleur de peau. Si je me bats pour une question de couleur, je me perds. Mon combat, c’est celui de l’humanité.

10. Enfin, qu’aimerais-tu que le public camerounais (et africain) comprenne de toi, au-delà des apparences ?
Partage, c’est l’amour de vivre. On ne naît pas être, on le devient. Ce n’est pas l’origine qui fait l’identité, c’est la vie qui nous façonne. On peut être né au Cameroun, en Italie ou en Allemagne ce n’est pas cela qui compte. Ce qui compte, c’est ce qu’on fait de cette vie. Le Cameroun, j’y suis né. Mais surtout, il est né en moi. Merci, Aloch237 d’avoir répondu à nos questions ! Aloch237: Ce fut un plaisir. Il n’a pas besoin de le dire, il le vit. Aloch237 dépasse les frontières et les cases. Sa voix, ses choix, ses gestes parlent pour lui. Il ne revendique pas : il incarne. Dans un monde en quête d’ancrage et d’authenticité, il nous rappelle que l’identité n’est pas un héritage figé, mais une construction quotidienne. Une preuve d’amour, un acte de foi, un partage vivant. Et s’il chante « Je suis Camerounais », c’est parce qu’il l’est. Par le cœur, par l’engagement, par l’âme.

Extrait de Iyanka Magazine 4 – par Daniel Franck Ntsogo

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