Denise Epoté : La Rigueur comme Boussole, la Transmission comme Héritage

septembre 14, 2026 0 30

Le 31 août 2025, dans la salle comble du StarLand Hôtel de Douala, Denise Epoté n’est pas venue recevoir un hommage. Elle est venue dialoguer. Face à elle, des femmes de tous âges et de tous horizons, réunies par l’Association pour l’équité sociale et l’entrepreneuriat culturel au féminin (AESECF), en partenariat avec Iyanka Agency. Cette première édition des « Rencontres avec… » avait tout d’un événement rare :deux heures et demie d’échange brut, sans filtre, avec l’une des voix les plus respectées du journalisme africain.

Pas de discours lénifiant. Juste une femme de 72 ans, qui a traversé plus de quatre décennies de métier, et qui refuse obstinément qu’on la pose sur un piédestal. Mais ce jour-là, la salle l’y a placée. Non par idolâtrie. Par reconnaissance.

Pourquoi Denise Epoté ?

Interrogée sur le choix de cette invitée, la présidente de l’AESECF ne laisse aucune place au doute :

« Denise Epoté incarne tout ce que nous voulons transmettre. Elle est une pionnière, une femme qui a tracé sa route dans un univers médiatique longtemps dominé par les hommes, avec une carrière de plus de 40 ans jalonnée de succès et de reconnaissance internationale. Son parcours est une source d’inspiration vivante. En tant que première femme à présenter le JT au Cameroun, elle représente la persévérance, l’excellence et le leadership féminin. »

Le message qu’elle souhaitait faire passer aux participantes tient en une phrase, qu’elle a martelée :

« Tout est possible avec du travail, de la rigueur et de la confiance en soi. Nous voulions que chaque participante reparte avec la certitude que sa place est légitime, et que les modèles de réussite existent. Les femmes doivent s’entraider, se soutenir et se former mutuellement. »

Cette rencontre n’était qu’un premier jalon. La série « Rencontre avec… » prévoit déjà d’autres invitées issues de secteurs variés, et devrait essaimer dans d’autres villes du Cameroun, voire à l’international.

Le premier journal en direct : un pari osé

Denise Epoté n’aime pas qu’on parle d’exploit. Elle préfère raconter les faits, avec une précision d’horlogère. Seule femme admise dans sa promotion à l’ESIJY (École supérieure internationale de journalisme de Yaoundé), elle se souvient avec malice de ses débuts à la CTV, lorsqu’elle a convaincu sa hiérarchie de diffuser le tout premier journal télévisé camerounais en direct – et non en différé, comme c’était l’usage. Un sans-faute technique et journalistique qu’elle savoure encore, comme une petite revanche sur les doutes de l’époque.

Puis vient TV5 Monde, en 1994. Pendant 31 ans, elle sera « la voix de l’Afrique » sur le canal international. Plus de 800 interviews, dont près de 80 % avec des chefs d’État et de grands dirigeants. Son secret ? Ne jamais transformer l’entretien en affrontement. Mettre l’invité à l’aise pour mieux l’amener là où l’on veut aller. Une leçon de tact et de fermeté.

Le travail avant tout : une exigence non négociable

Face aux femmes réunies à Douala, son message est resté constant : la compétence comme seul rempart durable.

« Il faut s’imposer par la compétence. »

« On ne saurait appliquer une rigueur à l’autre qu’on ne s’applique à soi-même. »

S’informer chaque jour. Être rigoureuse dans ses sources. Avoir confiance en ses capacités. Apprendre continuellement, même après 40 ans de métier. Pour elle, le respect ne se demande pas. Il se travaille, sur le terrain, dans la préparation, dans l’humilité de se remettre en question.

Sur les violences et le harcèlement, elle est sans détour :

« Les femmes doivent arrêter d’être des victimes passives. Il faut dénoncer, haut et fort. C’est parce que c’est tu que ça tue. »

Une retraite active : le consulting comme nouvelle aventure

Denise Epoté n’a pas rangé ses valises. Après une carrière de plus de quatre décennies, dont 31 ans passés au sein de TV5MONDE, la « Diva des médias » a officiellement pris sa retraite le 30 janvier 2026.

Mais loin de se reposer, elle a immédiatement entamé un nouveau chapitre. Dès avril 2026, elle a lancé sa propre agence de consulting, mettant son carnet d’adresses et son expertise au service d’institutions et d’entreprises, sans pression et par plaisir. Elle voyage, conseille, continue.

Reconnue bien au-delà du continent – Chevalier de la Légion d’honneur, Chevalier de l’ordre de la Pléiade, classée parmi les personnalités les plus influentes d’Afrique par Forbes Afrique –, elle n’a jamais cessé d’accumuler les distinctions.

Ce qu’elles en disent : une salle transformée

Pour la journaliste Carole Tchameni, présente dans l’assistance :

« C’était un grand honneur d’avoir été conviée à cet échange. Pour nous qui l’avons longtemps vue à la télévision et suivi son parcours, c’était super de pouvoir lui poser des questions directement. Cela nous a permis de toucher du doigt son vécu, ses doutes, ses victoires. C’est plus fort que tout ce qu’on peut lire dans une biographie. »

Une autre participante, jeune étudiante en communication confie :

« C’était pour moi le plus grand boost de cet échange. On ne devrait pas se limiter, en tant que femmes, dans la profession. Elle nous a prouvé qu’on peut vraiment aller toujours plus haut, même quand on part de loin. »

Une transmission en marche, bien au-delà du discours

Denise Epoté refuse le piédestal. Mais elle accepte volontiers le rôle de passeuse. Cette rencontre n’était pas un hommage figé, mais un passage de témoin vivant. Une icône qui continue d’ouvrir des chemins, non pas en montrant du doigt l’horizon, mais en partageant son parcours avec celles qui veulent avancer.

Le prochain rendez-vous est déjà en préparation. Et si l’on en croit l’enthousiasme de la salle, Denise Epoté a encore de belles pages à écrire – pas seulement dans les livres d’histoire du journalisme, mais dans la vie de celles et ceux qu’elle continue d’inspirer.

Francine Alibaka

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