Rencontre avec…Thomas NGIJOL

mars 24, 2026 0 13

Vingt ans de scène, de films et de stand-up, mais toujours la même urgence de raconter : Thomas Ngijol n’a jamais cessé de se réinventer. Comédien, auteur, réalisateur, il conjugue humour et gravité pour livrer des récits où se croisent mémoire, identité et regard sans concession sur nos sociétés. Avec Indomptable, son dernier film en date, il signe un tournant : un long-métrage 100 % africain, tourné au Cameroun, où il puise une part intime et universelle. Rencontre avec un artiste qui refuse les cases, et dont la liberté reste, plus que jamais, indomptable.

Bonjour Thomas ! Nous sommes très heureux de vous avoir sur Iyanka Magazine. Vous êtes humoriste, comédien, réalisateur… Comment aimez-vous qu’on vous définisse aujourd’hui ?
Bonjour, merci pour l’accueil Comédien. C’est ce que je suis à la base et c’est l’amour de l’écriture qui fait en sorte que je prenne d’autres casquettes selon des fois des projets de réalisation ou d’homme de scène. L’écriture et la comédie c’est ce qui rassemble le mieux ce que je peux faire.

2. Dans votre prolifique parcours de plus de vingt années de carrière, où et comment commence l’envie de raconter des histoires au-delà du stand-up, à travers le cinéma ? 
Dans mon imaginaire de construction, de fantasme, d’envie, il y a des choses qui sur une scène à un moment sont limitées. Et j’avais envie, sur des sketchs, des fois, de cinq minutes, ou sur des films, d’aller un peu plus loin. Donc c’est la chance que j’ai, j’ai été un créatif et j’ai la chance d’en vivre, donc à partir de là, on ne se pose pas tellement de limites, mais on essaie de vivre un peu de ses rêves.

3. Avec une filmographie riche de longs métrages d’impact, vos œuvres naviguent souvent entre humour et critique sociale. Qu’est-ce qui guide vos choix de thématiques ?
Même si je viens de la comédie, ce n’est pas la comédie en soi qui m’inspire, C’est la vie, les sociétés, les comportements humains, les contradictions : tout cela nourrit mon écriture et mon jeu .

4. Dans Black Snake, la légende du serpent noir sorti en 2019, vous parodiez le film de super-héros, mais en même temps vous questionnez les héritages africains et la figure du héros noir. Comment construisez-vous cet équilibre entre rire et réflexion ?
La comédie, ça a toujours été un super moyen de passer des messages. C’est quand même une chance incroyable. Les gens ne se disent pas on part pour réfléchir, et en fait, à la fin, ils en sortent avec quelque chose qui a du sens. Je crois que même les films les plus légers finissent toujours par dire quelque chose, consciemment ou non. Avec l’âge, je suis encore plus attentif à ça : si une œuvre ne raconte rien, je préfère ne pas la faire.

5. Votre cinéma explore des sujets sensibles (identité, immigration, rapports de pouvoir). Est-ce une manière de “militer autrement” ?
Je fais les choses très honnêtement mais pas du tout avec le point en l’air ou en revendications. Mon but n’est pas de pointer quelqu’un du doigt. On évolue dans cette société et c’est comme ça.

6. Indomptable marque une étape dans votre carrière. Quelle a été l’étincelle à l’origine de ce projet ?
Le départ c’est l’intime. C’est tout ce que j’avais envie de raconter de mon vécu, c’est ce qui m’a motivé à aller sur ce film.

7. Que raconte Indomptable du Thomas Ngijol d’aujourd’hui ?
Le film parle de moi, ça parle d’un père, ce que je suis devenu, mais je me suis servi de cette histoire de policier qui évolue dans cette société. Donc, en fait, tout se croise, C’est un peu un parfait mix, de différentes envies.

8. Le titre résonne presque comme un manifeste. Qu’est-ce qui, dans votre parcours, reste “indomptable” ?
Le Cameroun. Il faut rendre à César, ce qui est à César. Le Cameroun, c’est le pire et le meilleur. Maintenant, on espère que dans le futur, ça va être toujours dans le meilleur.

9. Dans l’émission 28 Minutes sur Arte, vous avez dit que Indomptable est “100 % africain, sans prisme occidental”, que vous cherchiez l’authenticité. Que signifie pour vous exactement ce “sans prisme occidental” ?
C’est un film d’ici, avec un regard d’ici. Pas fait avec un regard occidental, et quand je dis occidental, je m’inclue. Moi-même, je suis français. mais si je fais un film comme un Français sur l’Afrique, je suis à côté de la plaque. C’était important d’être vigilant. Là, j’ai voulu m’immerger, travailler avec des techniciens et des comédiens locaux, accepter les forces et les faiblesses du tournage ici. Montrer le Cameroun tel qu’il est, ni plus misérable ni plus chic que dans la réalité.

10. Le long-métrage a été présenté à la Quinzaine des Cinéastes du Festival de Cannes, en présence d’une bonne partie du casting venu du Cameroun. Était-ce primordial pour vous ? Comment percevez-vous la place de l’Afrique dans le cinéma mondial aujourd’hui ? Ah Oui! Un film est une aventure collective, et il était important que toute l’équipe, techniciens comme comédiens, soit valorisée. je suis content du film parce que c’est tout le monde qui a été élevé avec cette aventure et c’est ça qui est beau à vivre.

11. L’ “Afropolitanisme” se veut un regard du monde porté par les Africains et leurs diasporas, entre enracinement et ouverture. Vous reconnaissez-vous dans ce terme ? Le terme, je pense que vous me le faites découvrir. Mais dans la définition, ça me parle. Par contre, je n’ai jamais été un homme de groupe, je n’aime pas la notion d’être réduit, on est beaucoup trop complexes, pour être mis dans des cases. J’aime bien être libre et faire ce que je veux. J’ai une conscience qui me permet de rallier beaucoup de choses. Une conscience humaine.

12. Selon vous, quels récits afropolitains manquent encore au cinéma ?
Je pense que chaque génération a ses propres souffrances, ses propres envies, ses choses qu’elle a envie de dire . Il y’en a plein.

13. Si vous deviez transmettre un message aux jeunes créateurs africains et afrodescendants qui vous regardent, lequel serait-il ?
Ne lâchez pas! Croyez en vous. Nous avons énormément à accomplir ; c’est le meilleur état d’esprit que l’on puisse avoir. Il y a un boulevard devant nous, mais il faut s’en donner les moyens : se former, travailler, laisser derrière soi ce qui nous freine, et avancer avec une bonne mentalité. 14. Après l’humour, la scène et le cinéma, quelle est la prochaine aventure indomptable de Thomas Ngijol ? La prochaine étape, c’est des aventures humaines. 15. Merci infiniment Thomas ! C’est moi qui vous remercie.

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