Description
…C’est ce qu’Achille Mbembe appelle « la fluidité des identités ». Mais si les Afro-descendants participent au développement des cultures du monde, en quoi l’afropolitanisme qui leur est associé impacte-t-il le développement de la culture africaine ? De mon point de vue, l’impact de l’afropolitanisme sur le développement de la culture peut être considéré de deux manières : négative et positive. Je m’explique. Perçu parfois comme un Blanc à la peau noire lorsqu’il débarque en Afrique, l’Afropolitain dérange avec son accent lisse, sans couleur, sa désinvolture face aux problèmes quotidiens rencontrés par les Africains. Pour l’Africain, l’Afropolitain est une version édulcorée de lui, qui ne sera jamais comme lui. Il n’en attend rien. Pourtant, l’Africain n’échappe pas non plus à cette déferlante de cultures venues d’ailleurs. Comme l’Afropolitain, il connaît des soubresauts identitaires. La télévision, Internet, les médias en général — qui sont des vecteurs culturels puissants —
l’immergent dans des environnements éloignés de sa réalité. Ses réflexions et son identité sont bousculées. Le manque de valorisation de nos cultures africaines n’aide pas. Tout ce qui vient d’ailleurs serait meilleur. En revanche, lorsque l’Afropolitain, conscient et fier de son identité plurielle, s’investit dans une cause qui lui tient à coeur et l’emploie au service du continent africain, il peut devenir un allié de poids. Sa capacité d’adaptation le pousse à s’engager, de la mise en oeuvre de créations artistiques à la promotion de projets éclectiques. Porté par la volonté d’échanger et de collaborer, il participe au développement durable de la culture africaine.
Les défis de l’artiste afropolitain
Malgré la surdité des pouvoirs publics, les artistes afropolitains et locaux s’organisent pour faire exister leur art. Certains artistes afropolitains s’emploient à faire de leur mieux pour travailler davantage avec des artistes locaux, afin que ces derniers profitent d’une vitrine internationale. Des auteurs africains essaient de se faire connaître également grâce aux plateformes qui leur sont dédiées, comme YouScribe et Chariow, une nouvelle application béninoise qui publie les auteurs et les créateurs de contenus. Les amateurs de chant ne sont pas en reste et inondent les réseaux sociaux, pendant que les stylistes prennent les rues des capitales africaines d’assaut et font vibrer les catwalks sous leurs pas conquérants ! L’artiste doit aider à faire évoluer le discours ambiant suivant lequel l’art ne rapporte rien. Oui, c’est vrai, les revenus sont modiques, faute d’investissement public dans le secteur, mais il existe des niches de croissance à explorer. Ailleurs, de l’art découle une industrie qui génère des vocations, crée des métiers et des emplois. C’est un formidable multiplicateur de développement. L’artiste afropolitain, fort d’une vision élargie du marché, ne devrait pas hésiter à partager son expérience entrepreneuriale également. Il le sait mieux que personne : l’artiste afropolitain est aussi un entrepreneur. Quoi de plus honnête que de partager le respect des délais, du cahier des charges et toutes les contraintes du back-office de son entreprise, en vue d’améliorer les pratiques ?
Les opportunités de l’afropolitanisme
En réalité, qu’il soit du continent ou d’ailleurs, chaque Afro est un Afropolitain à sa manière. L’afropolitanisme a cela de particulier qu’il nous inscrit dans un champ identitaire aux contours nébuleux, de sorte qu’aucun de nous ne saurait dire de manière catégorique de quelles influences culturelles son identité se réclame. Et c’est en cela qu’il est un concept intéressant, parce qu’ouvert à de multiples éventualités. Certes, l’évolution peut parfois paraître vertigineuse, mais elle est à saluer. L’identité ne saurait rester figée. Pour autant, le cosmopolitisme ne devrait pas être le prétexte à la négation de cette part d’africanité que chaque Afro porte en lui, d’une manière ou d’une autre. En réalité, s’emparer de l’afropolitanisme en Afrique, c’est accepter d’encourager une meilleure connaissance de nous-mêmes, pour mieux œuvrer à un rapprochement entre les Africains du continent et les Afro-descendants du monde, désireux de se reconnecter avec leurs racines !
Élodie Eteki
Reine de Bwene Bodiman

Avis
Il n’y a pas encore d’avis.